Heuliez, Total, les
chantiers navals de Saint-Nazaire, de nombreuses entreprises se retrouvent au coeur des régionales et bénéficient de l'implication de la classe politique. L'impact sur les bulletins de vote reste pourtant limité.Nicolas Sarkozy peut pousser un Ouf de soulagement. A quelques semaines des élections régionales, la France ne sera pas en panne de carburant. Mercredi, toutes les raffineries Total, hormis celle de Dunkerque, se sont remises au travail. Pour Christophe de Margerie, la pression était à son comble. Entre sa convocation à l'Elysée, les critiques des élus locaux, et la menace d'un pénurie de pétrole, le patron de Total n'a guère eu le choix. Alors qu'il avait été décidé de repousser la décision sur l'avenir de la raffinerie de Total au lendemain des élections régionales, Christophe de Margerie a du revoir à nouveau son planning. Après des négociations houleuses les salariés des raffineries Total ont obtenu 5 ans de répit sur la fermetures de leurs usines.
Alors comment expliquer ce changement de posture de la direction ? Christophe de Margerie a été catégorique, il a affirmé n'avoir subi "aucune pression politique. Cette décision n'est ni la mienne, ni celle du Président de La République, mais le résultat de négociations âpres ". C'est pourtant faire peu de cas des interventions de l'Elysée dès le mois de janvier. Or particularité de la classe économique française, face à l'intimidation politique, elle finit souvent par plier. "La France est gouvernée par une oligarchie où les pouvoirs, qu'ils soient politiques ou économiques, sortent tous des même écoles, appartiennent tous au mêmes réseaux. Il est donc très difficile pour un dirigeant d'entreprise de ne pas se plier aux exigences gouvernementales", explique Betrand Lemennicier, Docteur d'État en Sciences Economiques et Professeur agrégé à l'université d'Assas.
Comme à la veille de chaque élection, notamment régionale, les entreprises deviennent donc le terrain d'affrontement des opposants politiques. Elles sont un enjeu local curcial, tant en terme d'emplois que de rentrées fiscales. "D'où une accélération des dépenses et des subventions au profit des entreprises", explique Betrand Lemennicier. Les pouvoirs en place qui craignent d'être tenus responsables des licenciements et des fermetures d'usines font alors tout ce qui est en leur pouvoir pour sauver leurs entreprises.
Heuliez, l'exemple de la surenchère électorale
Heuliez par exemple est symbolique de la surenchère électorale qui peut intervenir. Depuis près de 6 mois, Ségolène Royale et Christian Estrosi s'écharpent sur l'avenir de l'équipementier automobile. Chacun espérant récolter les fruits de son éventuel sauvetage. Le mois dernier, c'est Ségolène Royal qui criait victoire en assurant qu'Heuliez était sauvé. Mais manque de chance, le sauveur n'a jamais apporté les fonds promis. Et la présidente de la Région Poitou-Charentes a donc du trouver un nouveau candidat, l'assureur mutualiste Macif, qui lui aussi a fini par décliner la proposition. Aujourd'hui c'est la droite qui a présenté son investisseur, le turc Alphan Manas, capable selon Christian Estrosi d'apporter 20 milliards d'euros à Heuliez.
Autre cas emblématique, les chantiers navals de Saint Nazaire ont reçu ce jeudi matin une nouvelle commande de paquebot, qui devrait faire vivre le site pendant les 6 prochains mois. Là encore, le lien avec les régionales semble évident. "Depuis toujours, les chantier navals, qui sont le bastion de la CGT, bénéficient de subventions et d'aides d'Etat. De fait ces chantiers ne peuvent être abandonnés en raison de leur importance sur la vie économique de Saint-Nazaire. Mais le faire à la veille des régionales doit être considéré comme plus stratégique", estime Betrand Lemennicier.
Quelle influence sur les bulletins de vote ?
La question sous-jacente est bien entendu celle de l'impact de ces interventions très médiatiques dans les isoloirs. "Je ne pense pas qu'elles aient beaucoup de répercussions sur les votes. Ce n'est en effet pas 3000 emplois qui seront sauvés qui feront la différence", estime Betrand Lemennicier. Mais les dirigeants politiques eux semblent convaincus du contraire, persuadés qu'ils ne peuvent rester les bras croisés.
Gare cependant aux effets pervers. A force de crier victoire, ils courent un autre risque : "c'est toujours la même histoire qui se répète. En paraissant proches des gens, les politiques pensent qu'ils vont gagner des votes. Mais ils oublient bien souvent que ces électeurs se souviennent de leurs engagements. Et que le vote sanction leur pend au nez", conclut Betrand Lemennicier.
Source L'Expansion/ Reuters par Julie de la Brosse Stephane Mahe
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