dimanche 7 mars 2010

YVON JACOB PRÉSIDENT DU GROUPE DES FÉDÉRATIONS INDUSTRIELLES (GFI): « Il est possible de stopper la désindustrialisation d'ici à quatre ans »

Yvon Jacob, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI), qui représente environ 80 % du secteur en France, insiste sur la nécessité de revoir le financement de la protection sociale qui pèse beaucoup trop, selon lui, sur le coût du travail.
Que retenez-vous des annonces du président de la République ?

La confirmation d'une vraie compréhension des problèmes de l'industrie française, qui souffre de nombreux handicaps depuis de longues années. Nous ne pouvons que nous en satisfaire. Tout cela s'inscrit dans le droit-fil d'une série de mesures déjà prises, comme la réforme de la taxe professionnelle ou l'élargissement du crédit d'impôt recherche. Aujourd'hui, j'en rajouterai deux qui me paraissent essentielles. D'abord, la volonté clairement affichée de diminuer le coût du travail par un allégement, d'une manière ou d'une autre, des charges sociales. Nicolas Sarkozy a par ailleurs demandé la création rapide d'un outil susceptible de drainer, mieux et plus fortement que ce qui existe, l'épargne française vers les entreprises. Depuis quinze ans, celles-ci font face à une baisse considérable de leur rentabilité, donc de leur capacité à investir.

Tout cela est-il de nature à inverser la tendance de la désindustrialisation de la France ?
Si tout ce qui a été annoncé est mis en oeuvre, on peut espérer que la tendance s'inverse clairement dans les quatre années à venir, au moins par rapport à nos concurrents européens. On peut juste regretter que la création d'un crédit d'impôt innovation se soit heurté à la réalité budgétaire.

Qu'est-ce que l'on peut faire avec 200 millions d'euros pour aider à relocaliser ?
Je ne sais pas, car, sur ce point, nous n'avons eu aucune précision. Le GFI n'était pas très favorable à cette mesure car nous ne voyons pas en vertu de quoi il faudrait aider les entreprises qui ont délocalisé à revenir, à contrario de celles qui ont maintenu leur production en France. Au bout du compte, on ne fera pas de miracle avec 200 millions. Cela me paraît surtout une annonce de nature politique.
Dans son discours, Nicolas Sarkozy plaide pour que l'Europe fasse jouer le principe de « réciprocité », c'est-à-dire qu'elle n'ouvre ses frontières qu'aux pays qui en font de même.

Croyez-vous que la France puisse obtenir gain de cause ?
Toute seule non. Il y a trois ans, nous prêchions dans le désert. Mais, aujourd'hui, j'observe qu'avec la crise les autres membres de l'Union font le même constat. Même Peter Mandelson, numéro deux du gouvernement anglais et qui a défendu des positions ultralibérales à Bruxelles quand il était commissaire au Commerce, examine des mesures similaires. Les Allemands aussi sont inquiets à l'idée que des produits qui ne répondent pas aux normes européennes puissent être importés. Tout cela doit nous amener à renforcer les contrôles aux frontières et à être plus exigeant dans les négociations à l'OMC.
Source Les Echos PROPOS RECUEILLIS PAR ALAIN RUELLO

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